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J’ai vécu presque 10 ans avec une personne qui n’assumait pas d’être avec moi

Posted By Kanell / 2 novembre 2017 / 2 Commentaires

J’ai vécu presque 10 ans avec une personne qui n’assumait pas d’être avec moi

Cette personne m’a cachée aux yeux de sa famille.

Le début de l’histoire est simple et banal.

On se rencontre par l’intermédiaire d’amis communs. Tout est magique.  Je passe des heures, des jours au téléphone…  

Puis un jour, je me rends compte qu’en sa présence, mon corps vibre, quémande. Que mon cœur bat différemment.  Je réalise que j’en veux plus, que c’est réciproque et que je veux vivre cette histoire, alors on se l’autorise.

Je vis pour  “Nous”, dans une forme de cocon où l’on ne fait qu’un.  

Je me délecte des saveurs suaves de cette lune de miel que l’autre me procure. La fusion de nos corps me met dans un état de plénitude, l’odeur de sa peau participe à mon bien-être et me sécurise.

Mon “chez moi” devient notre premier “chez nous”. Pourtant, je ne peux pas vivre, m’exprimer et rire librement dans mon propre appartement pour ne pas éveiller les soupçons. Même à 8 000 km de distance, je commence à me sentir envahie par ses parents qui grignotent notre temps. Une heure, deux heures, trois heures, le temps que “mon autre” passe chaque jour au téléphone avec eux me semble interminable.

Ils ne savent pas pour nous. “Mon autre” ne souhaite pas qu’ils le sachent.

 

Cette situation creuse en moi un sentiment de solitude. Je me  retrouve à attendre “mon autre”, à jalouser ses parents, à les détester. Je leur en veux de l’accaparer, de me voler ce temps, ces instants qui devraient « nous » appartenir, m’appartenir.

 

La réalité me rappelle que dans ces moments que nous partageons ensemble, « Nous » ne sommes pas que deux.

Le temps passe, et je me rends compte que ces saveurs suaves changent. Que rien ne s’arrange, que la situation qui me met mal à l’aise prend de l’ampleur. Ce “Nous”, malgré tout ce qu’il y a entre nous, malgré tous ces sentiments, l’autre ne l’assume toujours pas au grand jour et me cache.

 

On passe du temps à vivre dans le même appartement, sans vraiment passer du temps ensemble. Son travail et ses parents prennent de plus en plus de place. J’ai souvent l’impression de devoir me contenter du reste, et des restes, souvent, il ne reste rien.

Je me sens seule, je deviens amère,  je réalise que “ mon autre” ne protège pas ce qui me semble précieux : Nous.

 

Je lui en parle et “mon autre” me dit que c’est temporaire, que ça va changer, que c’est une question de temps. L’autre me rassure, me dit  « je t’aime, je veux vivre avec toi, je veux fonder ma famille avec toi, fait le pour « nous », et j’y crois.

Je me bats, je persévère, je fais preuve de créativité pour l’inciter à nous choisir, à me choisir, à passer réellement du temps avec moi.

 

“Mon autre” est prêt à l’engagement, me montre sa bonne volonté, me demande de quitter mon appartement pour vivre dans le sien. Que ce sera notre cocon à nous deux, chez « nous». J’accepte de m’y installer et malgré toutes ses promesses, ses « je t’aime, je veux vivre avec toi, je veux fonder ma famille avec toi, fait le pour « nous », je me rends compte que “mon autre” n’assume toujours pas de dévoiler ma présence à ses côtés.

 

Je veux garder ce “nous”, j’y crois, je crois que les choses peuvent changer.

 

Alors au nom de l’amour,  je m’exécute, j’intègre le “fait le pour nous” le pensant momentané, je pense que le sacrifice en vaut le coup, j’accepte de porter ce poids temporairement, de vivre dans le secret de notre vie commune avec toutes les conséquences que ça implique.

 

Je me surprends à faire des choses dingues par amour, par goût du risque, par goût pour la rébellion.

J’accepte de cuisiner et d’aider “mon autre” à préparer notre nid pour les personnes de son entourage invitées ponctuellement, sans pouvoir partager avec eux ces moments, sans pouvoir profiter du fruit de mon labeur. Je dois rester inexistante à leurs yeux et  je “le fais pour nous”. J’ai encore mon appartement, je m’enfuis avant qu’ils ne viennent déjeuner ou je me promène, je fais du shopping, je vis à l’extérieur.

 

Ils ne savent pas que j’existe, il ne doivent pas le savoir, et pourtant c’est mon repas qu’ils mangent. Pour moi, c’est un jeu et j’y joue bien. Je n’ai pas de peine, ces gens n’ont pas d’importance pour moi. Loin d’eux, je jubile, je ne suis pas là physiquement, mais je suis là symboliquement, “au milieu d’eux”, en eux, à travers mes repas faits de rôti de porc, gratin dauphinois, entrecôtes, agneau, et tarte aux pommes.

J’apprends à chaque fois en rentrant qu’ils en ont été ravis.

C’est un jeu.

 

Je me surprends à aimer cette obscurité.

À aimer me dérober du regard du monde, à rire intérieurement parce que je crois les couillonner.

Le jeu continue, mais la partie devient de plus en plus longue.

 

Je continue à fuir notre “chez nous” quand l’entourage doit rendre visite à “mon autre”. Je chuchote à l’oreille de notre chat “untel et untel viennent chez nous, mords-les, griffe-les, emmerde-les”. Mon pokemon est à l’écoute et les agresse.

Je me délecte d’entendre la manière dont mon arme vengeresse a réussi mes missions.

Au fil des années, ces courtes intrusions se répètent, les événements testent ma résistance, je dépasse mes limites sans avoir l’impression d’y perdre mes plumes.

Mon autre me dit que c’est nécessaire, que « nous » n’avons pas le choix, que c’est le prix à payer pour « Nous ». J’ai le sentiment d’être la seule à subir, à attendre, à prendre sur moi. J’ai le sentiment d’être celle qui est toujours exclue, celle qui vit la douleur que ces envahisseurs laissent en moi, celle qui subit “nos choix”.

 

Je dois continuer à me battre ! J’ai déjà trop donné pour abandonner et tout perdre !

Allez ! Je dois persévérer, « nous » garder en vie, prendre sur moi ! J’ai réussi à me faire une place, à laisser mes traces ! Je ne vais pas tout quitter !

 

Enfin, après tant d’années, ses parents savent que nous sommes ensemble, mais ne savent pas que nous vivons dans la même maison ensemble.

Et pourtant, ils doivent venir en France, en vacances, pendant 3 semaines. Ils choisissent de venir chez leur enfant, sans savoir qu’ils viennent en réalité “chez nous”.

“Mon autre” m’incite fortement à partir parce que ses parents lui disent qu’ils “ne veulent pas se retrouver dans la même pièce que moi”. Je me résigne parce que cette situation est censée être exceptionnelle. Je laisse la place, pour ne pas les déranger, pour ne pas m’imposer. J’accepte parce que c’est comme ça et que si je veux « nous » protéger je n’ai pas le choix.

Je pars chez une amie pendant plusieurs jours d’affilés. Le séjour des parents se passe par intermittence, “chez nous” et “ailleurs”. Quand ils sont “chez nous”, je suis chez mon amie. Quand ils sont “ailleurs”, une fois que la voie est libre, je retourne « chez moi » .

 

“Mon autre” me notifie qu’il y a quelques légers changements à la maison. Qu’une partie de mes affaires se trouvent cachées dans notre dressing.

La réalité m’écrase d’un coup.

Je franchis la porte de mon foyer et je me rends compte que « notre » nid a été transformé. Des objets ont été ajoutés par les parents, d’autres ont été cachés par “mon autre”. Mon téléphone fixe, mes livres, ma brosse à dents, ma brosse à cheveux, mes épingles à cheveux, mes élastiques, mes produits de beauté, mes objets de décorations, mes créations artistiques, toutes mes traces, le peu de choses qui m’appartiennent, ont été soigneusement rassemblées et entreposées au fond du placard de « notre » chambre, dans une boite fermée.

Je ne comprends pas ce qui m’arrive.

Toute la peine que j’ai réussi à retenir, toute la douleur, tout ce que j’ai cru naïvement gérer m’écrasent le cœur.

 

Je me sens souillée, envahie par ses parents qui ont osé s’approprier « notre nid », « mon » espace. Je pleure de toute ma tristesse, je ne comprends pas cette gêne, cette haine. Ce besoin de “mon autre” de cacher la plus petite parcelle de moi.

Plus je remets mes affaires en place, plus mon cœur se déchire.

Le geste est violent, je ne le comprends pas.

Je ne comprends pas ce besoin frénétique qu’à eu “mon autre” de cacher la moindre petite chose qui m’appartient.

Je ne comprends pas ce besoin de m’effacer de « notre » nid pour que ses parents ne puissent pas sentir mon existence, même de façon inconsciente.

Plus je remets mes affaires en place, plus je me sens minable, rejetée, indigne d’être aimée.

Je me remets en question, je me dis que je l’ai mérité.

Je me dis que si un tel acte a été commis par la personne qui m’aime, qui vit avec moi, qui partage mon intimité, c’est que “mon autre” a forcément une bonne raison. Je ne suis sûrement pas digne d’être montrée, d’oser revendiquer mon existence même de façon inconsciente.

Plus je remets mes affaires en place, plus je me sens submergée par la colère que j’avais retenue.

J’essaie de me calmer, d’étouffer mon incompréhension : c’est « notre » choix, « notre » contrat… je suis aimée, je l’aime, c’est pour « nous »…

 

Pourquoi ça me blesse ?  J’aime ça, non ? Le jeu, l’obscurité, la lumière me dérange…

 

Sauf que je n’avais pas réalisé, que ce qui était pour moi un jeu temporaire était devenu une règle…

Sauf que je n’avais pas réalisé, que toute forme de vie à besoin de lumière pour s’épanouir…

Par amour pour une femme Antillaise qui n’acceptait pas son homosexualité, j’ai vécu presque 10 ans dans l’obscurité.

Par amour pour une femme Antillaise dont les parents n’acceptent pas l’homosexualité, et qui connaissent mon existence, j’ai porté les fardeaux de leurs hontes.

Par amour pour une femme Antillaise, j’ai accepté de m’oublier.

Maintenant, c’est terminé.

 

J’ai repris ma liberté. Je préfère aimer la vie et m’autoriser à m’épanouir dans la lumière.

À toutes celles qui se cachent, comme dit la chanson “l’amour vrai n’a pas besoin de se cacher”.

À toutes celles qui vivent dans l’ombre : combien de temps vas-tu encore supporter ça?

À toutes celles qui se sacrifient par amour, comme dit la chanson “fo pa ou inmin si sé pou pléré” (ne reste dans une relation si c’est pour être dans la douleur).

 

Au fait, j’ai oublié l’essentiel : mon petit nom est Eva, et je suis l’une des co-fondatrices de Laplisitol.com.

Pansexuelle, amoureuse de la vie et de la liberté, ce soir à mon tour, je libère ma parole.

 

Eva, la jeune femme de la photo. Enchantée 

 

2 Commentaires

  • Michel-Ange
    24 janvier 2018 at 12 h 57 min

    😱😱😱😱10 ans ?!!!!! Tu es vraiment courageuse !!! 10 ans à vivre dans l’ombre je n’aurais pas pu. Tu as tout mon respect et mon admiration. Je ne comprend pas juste pour cacher son homosexualité!!!! Chaque personne est unique et il faut respecter leur choix de partenaire l’essentiel c’est l’amour

  • MyMi
    10 mars 2018 at 19 h 16 min

    Bravo pour la finesse de ton écriture
    Bravo pour cette lumière retrouvée
    Merci d’en parler, pour qu’une femme, peut être deux, ou trois,
    te lisent et s’octroi le droit
    de respirer, de vivre,
    de s’aimer, de retrouver aussi leur liberté.

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