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Une femme bien

Posted By Lwazoblé / 25 avril 2017 / 2 Commentaires

Une femme bien, vraiment?

Un jour, mon compagnon m’a parlé du déroulement des messes auxquelles il participait. Entre sermons et médisances déguisées en prêche, je fus particulièrement intriguée par le discours du pasteur qui semblait davantage résumer une lecture littérale d’un certain Livre sacré (et donc anachronique et fabuleusement archaïque) et qui n’optait pas non plus pour la tolérance et le respect des choix hors de son église. Ce représentant religieux transmettait, entre autres, à ses nombreux fidèles l’idée qu’une femme est un être soumis à son compagnon et qu’il existe les femmes biens d’un côté et les autres.

Je suis croyante. Bienheureusement pour moi, je suis aussi douée d’un esprit critique et je me suis surprise à faire le procès à haute voix de ces gens qui pensent la Vie comme un lieu de frustrations. Je me suis donc posée la question de ce que pouvait être une femme bien, tout en sachant que cela ne voulait pas dire grand-chose. Sauf bien-sûr pour les inquisiteurs en herbe particulièrement intrusifs. Le concept de vie privée étant régulièrement égratigné, il n’est pas rare que vous soyez forcé de penser aux qu’en dira t-on avant votre propre bien-être dans ces milieux.

J’ai demandé, droit dans les yeux, à l’homme que j’aime, pétri de valeurs plus ou moins discutables, s’il pensait que j’étais une femme bien. Sa réponse ? :  « Tu es dans le monde, mais je t’aime comme tu es, je t’aime plus que tout. Et tu es une femme bien. »
Oui, avoir un rapport au corps et aux relations sexuelles décomplexées, parler de tout, danser sur toutes sortes de musiques et pas seulement les chrétiennes, manger du boudin rouge, penser comme juste l’égalité homme-femme, être convaincue que le mariage ne doit pas se faire sous la pression ni de la société, ni de sa communauté religieuse, ne pas avoir le derrière une fois par semaine posé sur les bancs d’un lieu de culte et ne pas placer des bénédictions à chaque fin de phrase, grossièrement c’est ça « être dans le monde » : être libre et libérée des avis extérieurs autoritaires, ou plus explicitement être plus proche de la damnation que d’autres…

Pourtant, j’ai essayé de comprendre ce qu’était une femme bien selon les critères de ces personnes par curiosité bien entendu, pas pour m’y conformer…

Une femme « bien » est une femme qui suscite l’admiration de son entourage par sa grandeur d’âme et sa façon de gérer sa vie. Dans un équilibre qui se voudrait parfait sur la balance de la moralité et des fonctionnalités que l’on pense inhérentes à la condition féminine, cette femme bien SE DOIT de répondre à des critères prédéfinis pour être respectée et respectable. Critères pouvant varier selon les réalités culturelles, politiques et la prédominance religieuse.
La « femme bien » est par essence discrète voire mystérieuse et ouverte à la fois, mais surtout le peu que l’on sait d’elle concerne trois univers : sa profession, sa sexualité et sa vie de famille et par extension sa relation au Divin.
Il en va aussi de l’appréciation de chacun et une femme bien, d’une bouche à l’autre, peut se transformer «en-dévergondée-porteuse-de-pantalon-et-pas-assez-soumise ». Bref.

Le point sur lequel je souhaite focaliser l’attention fait partie du domaine de l’intime, qu’en principe personne n’est supposée contrôler à votre place. Il y a cette façon de se croire légitime dans le jugement porté sur la sexualité d’autrui et à plus forte raison des femmes. Vous savez, ces êtres fragiles, infantilisés au possible.

Il est question dans bien des discours d’un certain idéal féminin et faire admettre aux autres sa conception des choses passe parfois par des moyens subtils de communication. Vous, femme en devenir ou pas, vous sentez exclues de la sérénité d’être vous-même car pas assez sacrificielle, pas assez soucieuse du respect de certaines institutions, pas assez tournées vers la maternité, pas assez… Et surtout trop attirées par l’érotisme, la séduction, les expériences sexuelles «jugées » dégradantes, etc.

Il n’est pas rare de voir des pages soi-disant porteuses de messages bienveillants à l’égard de la gent féminine, définir ce que doit « être une vraie femme » et d’essayer d’imposer une vision uniforme du couple.  Dans le but de toucher un public le plus large possible, les réseaux sociaux sont pris d’assaut par ces prosélytes qui se sentent obligés de vous guider dans l’utilisation de votre chatte.

Les pages de la culpabilité d’être soi selon Saint-Empowerment

De la fidélité, à la maternité en passant par le « ferme-moi ces jambes que je ne saurais voir ».

Sur le net et à plus forte raison, Facebook, nous sommes bombardées de vidéos, de panneaux de philosophie au rabais, d’images supposés nous « donner l’inspiration ». Le fil d’actualités se voit saturé de clips de personnalités qui nous expliquent être revenues sur le « droit chemin », avoir découvert le sens de la vie, du mécanisme relationnel entre homme et femme. Bref.
Des repentis qui s’érigent en modèles. Tout cela dans un but assumé ou pas : la culpabilité de vivre sa sexualité sans frustration et de vouloir être femme comme nos aspirations nous le dictent.
Depuis quelques années, nous voyons, particulièrement sur Facebook, fleurir des pages qui se présentent comme tremplin de l’
empowerment (« donner le pouvoir ») des femmes et ont pour objectifs de conseiller les jeunes lectrices afin que ces dernières soient les meilleures versions d’elles-mêmes. Une idéologie largement relayée par des stars internationales comme Beyoncé. Jusqu’ici, ces pages semblent inoffensives voire inspirantes et pleines de bonnes intentions (qui vous somment d’être ambitieuse, de manger sain, de travailler, de vous défaire de votre entourage toxique)… Jusqu’ici ça va. Mais vous savez le sol des Enfers est pavé de belles et scintillantes bonnes intentions.
Ces pages  « 
Femmes de ceci, Femmes de cela, Une femme qui se respecte doit…, Une vraie femme c’est… » ont fini par dériver et ont désormais toutes en commun ce fond de discours religieux qui joue sur le mépris, la culpabilité, une seule idée de la sexualité féminine et une pensée unique érigée comme seule acceptable ici-bas.
Une femme n’est-elle condamnée qu’à subir une sexualité diabolisée, vivre dans la frustration la plus convenue, faire mine de ne pas avoir des désirs même pour des interdits et n’être que l’épouse du mari, la mère des enfants ? Voilà, ce qui pose problème.

Certaines diront que rien n’oblige à adhérer à ce genre de discours et encore moins de regarder. Peut-être. Mais détourner le regard de certains sujets n’est pas faire preuve d’intelligence. Et puis, il n’y a pas que des femmes matures et réfléchies sur les réseaux. Il y a aussi des (jeunes) femmes qui se cherchent, ont une certain besoin de se savoir « normales » et n’ont pas nécessairement les armes contre les dictatures idéologiques :

Oui ça me dérange d’entendre que hors de l’institution du mariage point de salut.

Oui ça me dérange qu’on affirme qu’on peut être réellement heureuse et épanouie qu’en ayant un seul partenaire. C’est vrai pour une partie d’entre nous et faux pour l’autre.

Oui ça me dérange qu’on fasse passer des messages subliminaux, comme quoi, le seul schéma supposément « naturel », acceptable et tolérable d’amour est hétérosexuel.

Oui ça me dérange qu’on fasse forcing pour que le schéma papa/maman/bébé soit l’archétype du bonheur et qu’on nie la possibilité d’être épanouie loin de la maternité.

Oui l’uniformité émotionnelle et relationnelle me dérange !

Cette tendance qui proclame vouloir « donner le pouvoir aux femmes », tout en les soustrayant à leur libre arbitre, qui prétend les soutenir dans la gestion de leurs relations amoureuses n’est ni plus ni moins que la « propagation de l’idée que loin de l’exclusivité pas de bonheur possible/ qu’être mère et épouse est la définition-même de l’épanouissement pour près de 4 milliards d’individus / que vouloir être sexy est une mission non pas pour se sentir bien mais pour plaire à autrui (son époux évidemment) / qu’aimer le sexe en tant que femme c’est souffrir d’un mal qu’il faut guérir à coup de prières ».

Évidemment, il ne s’agit pas de lapider sur la place publique virtuelle celles qui sont épanouies dans leurs vies, mais plutôt d’attirer l’attention sur la nécessité de se protéger moralement et psychologiquement d’une pression qui n’a pas l’air d’en être une – d’où sa dangerosité décuplée d’ailleurs.

Être une femme bien, c’est complexe et vous oublier pour rentrer dans le moule n’est pas une idée géniale. Rien n’est tout blanc ou tout noir. Il est important que vos choix ne vous mènent pas à votre propre destruction ou à la destruction d’autrui. Penser, décider par rapport à son bien-être, ses convictions, ses aspirations, ses désirs, ses envies, c’est mieux. Beaucoup mieux.

LWAZOBLÉ

Lwazoblé

Moi, je ne suis qu'une jeune femme d'une vingtaine d'années, un peu rêveuse assez lucide. Je suis originaire des Antilles-Guyane et suis attachée à ce qui fait le charme, mais pas seulement, de ce coin du globe. LaplisiTol, c'est l'histoire d'un coup de foudre "idéologique idéal". J'ai eu envie de faire partie de ces quelques plumes qui pensent le monde, qui pensent les femmes et leur rapport à l'Autre, qui pensent les femmes et leur déesse sensuelle respective qui vit en elles, parfois cachée, refoulée, quelques fois révélée, assumée. Certains thèmes m'inspirent plus que d'autres et j'aime particulièrement parler de la singularité de chacune de nous, de la liberté d'être soi malgré les dogmes, les conventions, les règles imposés par la "société", la famille, etc. Mon style se situe souvent entre la révoltée assoiffée de justice au nom du bien-être et la comique qui, par quelques métaphores, tentent de se faire comprendre et même de convaincre.

2 Commentaires

  • Gaby
    25 avril 2017 at 19 h 09 min

    Waouh. MERCI, merci, merci pour cet article ! Du haut de mes 20 ans, je me suis souvent demandée qu’est-ce que les gens entendaient par être une femme ou une fille bien ? J’en avais marre d’avoir cette impression que je devais me rapprocher le plus possible d’un modèle érigé depuis des siècles sous fond de mœurs religieux par des personnes extérieures à ma vie (des étrangers, des hommes, des membres de ma famille et même des amies), pour être désignée comme « respectable ». On ne se pose pas assez cette question et dès que je m’exprime sur le fait que je ne me vois pas forcément me marier, on me somme qu’un jour j’aurai la maturité nécessaire pour y voir plus clair à ce sujet (comme si le mariage était le but absolu pour deux personnes en couple monogame exclusif et qui s’aiment) ou que j’estime que le terme « femme bien » est creux et vide de sens, on me fait comprendre que je n’y comprend rien. Personnellement, si être une femme bien, c’est brimer ses propres désirs pour coller à un modèle qui ne me correspond pas, je ne veux pas être une femme bien et je n’en suis pas une. Bien sûr, je me garde encore de le dire à haute voix…

  • Michel
    24 décembre 2017 at 18 h 07 min

    Houla. Magnifique article!!!!!! Tu traites le sujet comme il le faut. En même temps il y a tellement de chose à dire sur le sujet. Etant moi même pratiquant (enfin je ne sais pas si je suis toujours dans les standards mdr), je ne comprends pas certaines choses. Pourquoi vouloir à tout prix juger? Pourquoi vouloir à tout prix catégoriser? Pourquoi vouloir toujours uniformiser?
    Les personnes oublient que la bible n’est pas complète elle n’est qu’un extrait d’une somme de livre. Et qui dit extrait dit passage choisis pour faire passé l’idéologie que l’on souhaite et donc orienter les personnes.

    L’Homme est un animal. Beaucoup ne seront pas d’accord. Mais la vrai question pourquoi existe-t-il des animaux monogames et polygames? Hétérosexuels , homosexuels et bisexuel? Dominants, soumis ou sur un pied d’égalité? Femelle dominant ou mâle dominant?
    Je dis souvent que tout les exemples sont dans la nature. Le pingouin qui choisi ce qu’il estime être la plus belle pierre et l’offre à celle que son coeur à choisi. Comme la hyène tachetée chez qui c’est la femelle qui domine, chez le poisson clown aussi c’est la femelle qui domine. Beaucoup pensent que les animaux sont monogame et ils ont tords car dans la réalité rare sont ceux qui le sont et pour les autres ils sont soit hétérosexuels soit bisexuel. Le dauphin pratique 3 types de pénétration.

    Alors POURQUOI l’Homme ne peut être que monogame et hétérosexuel ??? POURQUOI la femme n’est bonne qu’à être soumise et fidèle et l’homme peut faire ce qu’il veut?

    Nous avons tous le dois de faire ce que l’on souhaite il faut juste être franc et sincère avec la, le ou les autres. Et surtout arrêter de stigmatiser et de médire.

    Mais par dessus tout les hommes se doivent de vous rendre respectable en gardant secret l’identité des femmes avec lesquelles ils ont eu des ébats.

    La FEMME à aussi le droit à de se faire plaisir avec qui elle veut.

    Je me suis pas trop étalé sur le sujet. Je m’excuse d’avance pour les éventuelles fautes. C’est ma première fois et je réfléchi si j’écrit quelque chose d’autre ou pas. Ou si je garde secret toutes mes années d’expérience.

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