Eve Diamant – «La Femme Roseau»

Posted By Editorial team / 17 mars 2017 / 2 Commentaires

Que faire face au handicap? Comment se construit-on? Et la sexualité, le rapport au corps dans tout ça? Comment transformer sa vie, laisser la résilience nous permettre d’ouvrir nos ailes?

Femme créative et passionnée, c’est à travers son livre “Femme Roseau”, que Eve Diamant nous ouvre les portes de son univers où la parole libérée et bienveillante nous invite à une réflexion sur le handicap, la relation à l’autre, l’amour , la conquête de l’estime de soi, de l’amour de son corps. Une interview singulière avec une jeune femme pleine de Peps et d’énergie positive.

Pourriez-vous s’il vous plaît vous présenter pour nos lecteurs: d’où venez-vous, où vivez-vous, que faites-vous dans la vie?

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Je m’appelle Eve Diamant, je viens de l’Est de la France et j’ai bientôt 31 ans. Je suis actuellement en recherche d’emploi, en quête d’un financement pour une formation que je souhaiterais effectuer.

La femme Roseau.

Un premier livre qui raconte votre vie, votre vision de la vie, vos amours littéraires, artistiques et spirituelles. À travers vos mots vous nous invitez à réfléchir et à penser l’humain.

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Quel a été l’élément déclencheur pour l’écriture de ce livre?

J’ai commencé à écrire très jeune. Très vite j’ai su que j’allais un jour écrire un livre. J’en avais l’envie profonde et je sentais que ça se ferait un jour. Où, quand, comment, sur quel sujet ? Je n’en avais aucune idée mais je savais. C’était là, en moi.

Pourquoi avoir choisi ce titre, « La Femme Roseau »?

Lorsque j’avais défini le sujet du livre, le titre s’est imposé tout seul, avant même que je commence la rédaction du livre. Là encore c’était une évidence. Quant à la compréhension du titre, s’il détient sa part de mystère, il doit cependant évoquer certaines choses aux lecteurs. En lisant, de l’avis des lecteurs, le titre est logique, cohérent et alors le mystère tombe. Il plait beaucoup. C’est drôle d’ailleurs, puisque le titre du livre est devenu mon surnom pour certains!

Quels retours avez-vous eu après la sortie de votre livre?

Très sincèrement, je n’ai eu aucun écho ou commentaire négatif, aucune remarque désobligeante. J’ai surtout eu beaucoup de marques de soutien, d’étonnement parfois, beaucoup de félicitations. J’ai ressenti aussi une certaine admiration. Si de rares lecteurs ont pu se montrer plus mesurés sur quelques-uns des sujets que j’aborde et sur l’avis que j’en donne, ce qui selon moi est plutôt sain puisque je ne recherche pas l’adhésion totale systématique mais bien le débat, ils s’accordaient tout de même à dire que je n’étais pas tout à fait dans le faux non plus! C’est plutôt rassurant et c’est là que je me dis que j’ai réussi quelque chose!

Quelle remarque ou réaction a été la plus marquante pour vous? Et pourquoi?

Je n’ai jamais considéré que l’avis d’un lecteur puisse être plus important que l’avis d’un autre. J’accueille à chaque fois le plus humblement possible et avec autant de considération ces réactions. Pourtant, j’ai reçu quelques mails de personnes qui m’ont écrit en passant par mon blog et qui se sont confiées sur leur situation personnelle, en me racontant pourquoi, de quelle manière et à quel point mon livre leur avait fait du bien. Je dois donc avouer que ce sont ces messages qui sont pour moi les plus troublants. Parce que je n’y étais pas préparée, que je ne m’y fais pas, que je ne me repose pas là-dessus et que je n’ai pas l’impression d’avoir fait quelque chose d’incroyable, si ce n’est de livrer mon vécu. Mais quelque part ça me rend fière. Je me dis que mes mots ont une portée et c’est une sensation assez magique.

Les mots qui blessent

Se regarder en face est un exercice qui peut sembler difficile pour certaines personnes qui rejettent en bloc tout acte d’introspection. À ne pas pouvoir le faire, on peut en devenir un poison pour les autres.
Vous évoquez dans votre livre, bon nombre de situations où les mots de l’autre, de profs, de personnels des services sociaux ou encore d’amoureux ont été blessants, clairement méchants voire cruels ou encore tout simplement signes d’une ignorance consternante.
Comment expliquez-vous les difficultés qu’ont certaines personnes 100% valides face aux situations de handicap et cette propension qu’ont certaines personnes à agresser l’autre – gratuitement?

Je ne veux pas faire de psychologie de comptoir, mais je pense réellement que ces gens ont tout simplement à la base une peur : cette peur de voir en l’Autre ce qui pourrait potentiellement leur arriver un jour, par le biais d’une maladie ou d’un accident. Les gens rejettent, souvent très violemment, une réalité qu’ils n’ont pas envie de voir, d’admettre, d’imaginer. Tout ce qui peut leur rappeler cette éventualité est donc à éliminer, quelle qu’en soit la manière. Je ne pense pas que ce soit un acte réfléchi, du moins pas pour tous. Et pourtant la réalité est là : un handicap peut s’installer n’importe quand dans une vie. Mais je crois que de ne pas vouloir admettre, c’est déjà un gros handicap à porter!

«La réalité est là : un handicap peut s’installer n’importe quand dans une vie.»

Les mots qui frustrent

Dans “La Femme Roseau”, vous évoquez le sentiment d’injustice que l’on peut avoir lorsque l’orientation scolaire et/ou professionnelle se trouve contrariée dans des formations ou cursus qui ne découlent pas du libre choix de l’intéressé.
Comment faire dans ce cas pour restaurer l’estime de soi ? Qu’est-ce qui, personnellement, vous a aidé à continuer à avancer et à y croire?

L’estime de soi vient en faisant ce qu’on aime, que ce soit dans le cadre professionnel ou, quand cela n’est pas possible, dans le cadre privé, bénévole. En ce qui me concerne, j’ai avancé tant bien que mal, notamment grâce à certaines personnes de mon entourage familial ou amical qui ont cru en plus moi plus que moi-même… Je pense que c’est l’idée du «on ne sait jamais, un jour peut-être…» qui m’a aidée. J’ai bien fait de m’accrocher! Même si professionnellement j’ai longtemps ramé, et je rame encore d’ailleurs, dans mes loisirs j’ai eu l’occasion de faire ce à quoi j’aspirais professionnellement. J’ai donc un peu touché du doigt mes aspirations de jeunesse. Je ne les abandonne pas, je les ai transformées je dirais, et ça me donne encore plus envie d’atteindre mon but professionnel, tout en continuant bien sûr ce que j’ai toujours fait à titre de loisir.

Après l’écriture de votre livre, avec le recul, quelle analyse faites-vous de votre parcours professionnel et des événements frustrants (dus à votre handicap et aux réactions des autres) qui l’ont jalonné?

Je me dis tout simplement que si ça s’est passé comme ça, c’est que ça devait se passer comme ça. J’ai pour habitude de dire que je n’ai rien eu de tout ce que j’ai voulu ou prévu, mais qu’en échange, sur bien des plans, j’ai eu mille fois plus que tout ce que j’avais pu imaginer recevoir un jour! C’est juste mon karma et il ne sert à rien de lutter contre!

Les mots qui inspirent

À la lecture de votre livre, ce qui saute aux yeux, c’est un foisonnement, une vive soif de culture, d’art, du faire et du dire.
Où puisez-vous votre énergie créative au quotidien?

La base de tout c’est la communication : avec mon entourage familial déjà, nous avons l’habitude de beaucoup échanger, sur tous les sujets sans exception. C’est le même principe avec ma bande d’amis, avec ceux qui me connaissent moins bien ou même avec des inconnus. Etant de nature très sociable et très volubile, je n’ai aucun mal à aller vers les autres ! Ensuite je lis pas mal, des livres aux magazines. Je regarde la télévision aussi, que ce soit des films, des documentaires et magazines de société, de témoignages, des émissions médicales, musicales. Je farfouille également sur Internet. Et enfin, je ne passe pas un jour sans écouter de musique. C’est impossible ! Je vis, je mange, je respire, je conduis, je pense, je dors, bref, je fais tout en musique! C’est vital pour moi! Par extension, il m’est tout aussi vital de faire des concerts.

Si vous ne deviez utiliser que 5 mots pour représenter ce qu’est la VIE, lesquels choisiriez-vous?

Je dirais : musique, concerts, méditation, rires, entourage. Je crois qu’il est inutile d’expliquer quoi que ce soit, ça me semble parler tout seul!

C’est LA Place pour publier un lien Youtube sur l’un de vos artistes préférés. Lequel voulez-vous partager avec nous?

Oh la! Ce n’est pas un lien que je pourrais partager mais bien toute une playlist !!! Comme je déteste faire exactement ce qu’on me demande ou faire comme tout le monde, je vais vous en donner deux ! Une première chanson d’Arno Santamaria, un Artiste que j’ai découvert par le biais de Cali. Une de ses chansons, qui s’intitule «Je me sens bien», est exactement celle que j’aurais pu écrire (mais beaucoup moins bien, soyons honnêtes!), tant chaque mot me correspond :

C’est l’exact reflet de ce qui se passe en moi. En découle logiquement cette deuxième chanson, de Cali, intitulée «Je me sens belle»:

Ces deux chansons parce que c’est mon état d’esprit, permanent depuis 2013. Ce n’est pas vieux quand on y pense… Hormis le fait que la chanson de Cali évoque une femme qui se sent belle parce qu’elle a rencontré un homme, ce qui n’est pas mon cas, le message global et les mots de cette chanson me collent parfaitement à la peau. Aujourd’hui, «je me sens bien et belle»!

Pourquoi ces deux Artistes spécifiquement? Parce que je suis Cali depuis ses débuts en 2003. Il est celui qui a le plus et le mieux accompagné ma vie. Ses chansons m’ont aidée à surmonter les épreuves, les chagrins. C’est avec ses chansons aussi que j’ai célébré des victoires, vécu des moments d’intenses joies. Ce sont ses chansons qui m’accompagnent au quotidien et qui continueront à m’aider à dessiner mon futur. Il en va de même pour Arno Santamaria, découvert en 2014. Je n’ai pas été étonnée plus que ça par le fait d’aimer d’emblée son univers. Il est fait du même bois que Cali. Au-delà de leur talent respectif et de leur façon commune de savoir faire merveilleusement sonner les mots en y ajoutant de très belles mélodies, à eux deux, ils concentrent exactement toutes les valeurs et les qualités que j’aime percevoir chez les autres. Ce sont deux belles âmes qui ont en eux une certaine folie, la générosité, la simplicité, la positivité, la pureté… Je m’arrête là ! Si je me mets à parler d’eux je n’ai pas fini ! Mais humainement ils m’inspirent grandement. Ils sont mon modèle d’humilité. Lorsque je les entends parler, ça remet les choses à leur juste place, ça m’oblige constamment à rester humble et à ne pas voir apparaître « l’effet melon ». J’essaie le plus possible de tendre vers ces valeurs qu’ils véhiculent et qui se perdent, malheureusement… Je tiens à signaler que je vous parle là de deux Artistes français, ce qui n’est pas si courant dans ma collection de CD, puisque je n’écoute quasiment pas de musique d’expression française. Ils font partie des rares exceptions qui ont surpassé mes exigences!

Ses chansons m’ont aidée à surmonter les épreuves, les chagrins. C’est avec ses chansons aussi que j’ai célébré des victoires, vécu des moments d’intenses joies. Ce sont ses chansons qui m’accompagnent au quotidien et qui continueront à m’aider à dessiner mon futur.

Nous partageons des histoires de femmes qui ont parfois vécu des expériences douloureuses et hésitent à briser le silence sur leurs blessures ou plus souvent ne savent pas comment mettre des mots sur leurs sentiments.
Quels conseils pourriez-vous donner à celles et ceux qui manquent de confiance en eux, celles et ceux qui pensent qu’elles ou ils sont destinés à plus dans ce monde, mais doutent, ont de la difficulté à sortir de leur zone de confort et ne savent pas par où commencer…?

Je ne sais pas si j’ai véritablement des conseils ou des leçons à donner. Ce serait paradoxal et mal venu de la part de quelqu’un qui n’aime recevoir de leçons de personne et qui n’écoute parfois pas tous les conseils ! Mais je crois qu’à un moment donné il faut juste faire cette chose, toute simple en apparence : oser, lâcher prise ! Le chemin est long pour arriver à ça, parfois douloureux, mais pas impossible ! Et assurément, on vit beaucoup mieux, on est plus léger, on retrouve une forme d’insouciance une fois qu’on a sauté le pas ! Se faire plaisir, faire ce qu’on aime, c’est à mon avis la meilleure façon de pouvoir supporter les aléas et les obligations d’une vie tout en avançant quand même. Etre heureux, ou être juste bien, c’est peut-être aussi une question de léger égoïsme. Et avant tout, il faut communiquer, dire les choses. Les proches, les amis sont là pour ça.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre rapport à la spiritualité. Quel écho trouve-t-elle dans votre vie?

Je ne suis pas du tout croyante ni pratiquante. Néanmoins, des événements ont fait que j’ai été amenée petit à petit à lire des poésies ou chercher le sens profond de certains textes issus à la base de plusieurs branches religieuses. Sans jamais toutefois l’envisager sous l’angle de la religion mais plutôt comme une philosophie de vie. J’ai préféré réfléchir par moi-même et en tirer le meilleur pour moi, y mettre du sens, croiser les éléments plutôt que de suivre bêtement un dogme unique qui ne me correspondrait pas et ne m’apporterait rien. Ça peut paraître un peu ésotérique parfois mais au quotidien ça me sert et me fait du bien pour avancer plus sereinement. Pas forcément avec moins de doutes et de peurs, mais plus sereinement et avec des réponses à certaines questions que je peux me poser. Ça oblige aussi à une remise en question perpétuelle et ce n’est pas plus mal.

Éduquer au plaisir . Émulation .

Selon vous, comment pourrions-nous construire une société plus respectueuse de l’humain? Plus respectueuse du handicap, de la diversité?

C’est, je crois, l’affaire de tous. Le civisme c’est d’abord la construction de l’individualité, c’est propre à chacun et ça s’engage dès l’enfance. Alors il faudrait commencer par éduquer les enfants à la « différence ». Tout part de là. Faire soi-même, pour et vers les autres. Mais en même temps, je dirais que c’est aussi, et certainement en premier lieu, à nos politiques d’instaurer un climat de respect de l’Autre, quel qu’il soit, par des mesures, des engagements décents, réels, applicables et surtout appliqués. Autant dire que de ce côté, ce n’est pas gagné!

Comment éduquer au plaisir, au bien-être et au mieux-être tel que vous en parlez dans “La Femme Roseau”? Une éducation au plaisir est-elle possible?

Les sources de plaisir dans une vie sont multiples, qu’on soit enfant ou adulte, selon le point de vue d’où on se place et le sujet qu’on aborde. Il faudrait pouvoir s’autoriser parfois à laisser tomber ses préjugés, qui brident l’accès au plaisir. On peut aussi donner envie d’apprendre à un enfant par des méthodes qui peuvent surprendre parce qu’elles pourraient sortir des schémas traditionnels que la société impose. Et ça passe en partie par la valorisation de son travail, ce qui devrait pouvoir être le cas pour un adulte. A mon sens, la valorisation de l’individu et/ou de ses actions est un élément important dans le plaisir de faire quelque chose. C’est ce qui fait le bien-être/mieux-être. Mais la racine de tout ça est toujours la même : il faut… oser! Et ça vaut pour tout et tout le monde! Dans ce monde où la tendance est au rendement, à la compétitivité, le retour à des valeurs morales plus saines, qui ne seraient pour autant pas rétrogrades, bien au contraire, me semble primordial. Seulement, tout ça relève d’abord d’un changement des mentalités. C’est sans doute le plus gros du travail…

A mon sens, la valorisation de l’individu et/ou de ses actions est un élément important dans le plaisir de faire quelque chose.

Habiter son corps . Féminité . Sensualité .

Nous voulons donner une voix aux femmes afin qu’elles puissent parler de leurs désirs, de leurs fantasmes. Ainsi, les femmes peuvent embrasser leur propre sensualité, s’aimer et surtout elles peuvent réaliser qu’elles sont des sujets de leur sexualité.

Aujourd’hui, quelle relation entretenez-vous avec votre propre corps? Cette relation a t-elle évolué au fil du temps, et si oui, en quoi?

J’ai longtemps détesté mon corps. L’équivalent d’un peu plus d’un quart de siècle quasiment! Ce qui m’a sorti de cette haine de mon corps c’est le tatouage. Dès le premier tatouage j’ai bien senti que quelque chose en moi avait changé et allait progressivement grandir et s’installer durablement, voire définitivement. J’ai fait faire mon premier tatouage sur une épaule. De fait, à moins de porter un haut sans manches, il ne se voit pas. C’est-à-dire les trois quarts de l’année ici! Mais de mon côté je me sentais tellement belle que j’avais l’impression que je le faisais apparaître à travers mon haut et que le bien-être qu’il m’apportait rejaillissait par exemple sur l’expression de mon visage, ma façon de me tenir, de parler, de paraître aux autres. Cette sensation ne fait que s’amplifier avec les tatouages qui viennent s’ajouter au fil des années sur ma peau. Et c’est délicieux!

«Dès le premier tatouage j’ai bien senti que quelque chose en moi avait changé et allait progressivement grandir et s’installer durablement, voire définitivement.»

Nous voyons de plus en plus d’actions et de mouvements pour aider les femmes – essentiellement – mais aussi les hommes – à parler de sujets tels que le body-shaming, le harcèlement (moral ou sexuel), les violences faites aux femmes, les violences liées à la sexualité, les maltraitances, les agressions sexuelles et plus encore…
Il y a quelques années vous avez tenté de monter une exposition photos sur le thème du corps différent pour en montrer sa beauté… Un projet actuellement en stand-by nous semble t-il. Pourriez-vous nous dire quelques mots à ce sujet? Quelle en est la genèse? Quelle en est la direction artistique?

En 2011 j’ai effectivement eu l’idée de monter une exposition photos. J’avais repéré cinq photographes de talent, aux univers diamétralement opposés mais qui pouvaient parfaitement illustrer différentes facettes de ma personnalité. Je voulais qu’ils puissent me prendre en photo, en faisant apparaître ou pas mes cicatrices et/ou mes formes selon les situations, et ainsi montrer que même en situation de handicap, même avec un corps loin des représentations des modèles des magazines (qui sont pourtant bien souvent « photoshopées », il faut le dire !) on peut être beau parce qu’on dégage autre chose de plus puissant qu’une beauté physique. Je voulais que le regard du spectateur puisse se fixer sur un autre détail sans pour autant occulter les « défauts » physiques que le handicap impose. Pour que le spectateur puisse aller au-delà du physique.

Selon vous, comment pourrions-nous améliorer notre rapport à notre corps?

Maintenant que je me sens bien à ma place dans ce corps qui est le mien, je refuse obstinément tous les diktats que la société veut nous imposer. Ça va du dernier vêtement ou des dernières chaussures, du dernier accessoire de mode que les magazines vous présentent comme LE truc qu’il FAUT absolument porter, sous peine de passer pour un ringard, au dernier régime à la mode qui, au-delà d’être certainement inefficace, va surtout vous frustrer et vous faire reprendre le double de vos kilos perdus quand vous craquerez! Je refuse l’idée qu’on puisse croire ou penser que parce qu’on mesure moins d’1,70m pour des mensurations bien loin du 90-60-90, qu’on ne porte ni talons ni jupe, robe ou string, ou encore qu’on n’a pas les cheveux longs, alors forcément on n’est pas une femme. En refusant tout ça, je me sens plus libre. Je fais partie de ceux qui, par ce qu’ils sont, inventent finalement leur propre mode, leur propre univers, bien plus personnels (et sans doute enviable!) que ce qui peut être imité par la masse. Je ne sais pas si c’est la meilleure façon de faire, mais en tout cas, pour améliorer et/ou entretenir un rapport positif à mon corps, c’est ce que j’ai choisi de faire. Et puis j’ai personnellement aussi mes propres rituels beauté. J’aime prendre soin de moi, en me maquillant et me coiffant, en me parfumant, en portant des bijoux, en étant bien habillée. Ou tout simplement en prenant soin de moi par l’utilisation d’ingrédients naturels, issus notamment de l’aromathérapie. Une fois par semaine, je m’organise un temps où je me fais une manucure, un soin du visage et un soin capillaire. Je passe un temps fou dans ma salle de bain! Voilà des actions concrètes qui améliorent vraiment et durablement le rapport à soi. De façon générale, il est clair que nous ne sommes pas à l’écoute de notre corps et que nous le maltraitons. C’est une façon comme une autre de réparer ça. Se faire gustativement plaisir c’est aussi une façon d’être bien avec soi. Alors le péché de gourmandise n’en est plus un! Il n’y a pas de plaisir coupable, tout est dans la mesure.

Si vous pouviez revenir dans le passé et capturer un moment où vous vous sentiez vraiment incroyable, profondément sexy, beaucoup plus qu’à tout autre moment, quel serait ce moment?

Je crois que je me sens incroyable et profondément sexy chaque fois qu’on me complimente sur la qualité des écrits de mon blog ou de mon livre, vraiment! Quand j’arrive à faire rire aussi!

Quelle est votre définition de la sensualité et qu’est-ce pour vous être une «femme sensuelle»?

Pour moi la sensualité c’est un parfum, un regard, un sourire, une attitude, un vocabulaire, une façon de penser, une passion. C’est aussi et surtout une voix. Une belle voix peut me faire chavirer! Une femme sensuelle, comme un homme sensuel d’ailleurs, pour moi, aurait tout ça. Au final ça constitue le charme, souvent bien plus puissant que la beauté.

La sexualité est un élément important de la vie des femmes et des hommes. Or l’impact de la maladie et du handicap sur la sexualité des personnes en situation de handicap est rarement évoqué voire évité.
Quel est votre point de vue personnel sur la représentation et le traitement de la sexualité des personnes en situation de handicap dans la société (médias de masse, on en parle beaucoup, pas assez, toujours sous un même angle…)?

Le problème est actuellement très simple : en ce qui concerne le désir et la sexualité des personnes en situation de handicap, c’est le néant. C’est un tabou navrant et insultant. C’est nier non seulement le besoin ou l’envie des personnes en situation de handicap d’avoir une sexualité. Mais au fond c’est aussi purement et simplement nier notre existence, nous enlever notre part d’humanité.

C’est nier non seulement le besoin ou l’envie des personnes en situation de handicap d’avoir une sexualité. Mais au fond c’est aussi purement et simplement nier notre existence, nous enlever notre part d’humanité.

Selon vous, que faut-il faire pour sensibiliser sur l’autonomie sexuelle, l’accompagnement des personnes en situation de handicap vis-à-vis de leur sexualité?

Dans ce domaine tout est à construire. Ou plutôt faudrait-il d’abord déconstruire toutes les idées préconçues, abattre les barrières mentales. Heureusement, on parle tout de même de plus en plus de l’accompagnement sexuel grâce à Marcel Nuss, un talentueux essayiste particulièrement intéressé par cette question.

Quels sont les secrets d’une sexualité épanouissante, selon vous?

Avec les années et mes expériences, j’ai de plus en plus tendance à penser que la sexualité peut revêtir d’autres aspects que la basique relation sexuelle. Ainsi, je crois qu’on peut être tout à fait épanoui au travers d’une relation qui passerait par la tendresse et le développement du toucher, par les massages, les caresses, par la parole dite et le partage d’activités culturelles, par le rire. J’y trouve là beaucoup plus de sens, de sensualité et de sensations. Ces actes sont de puissants révélateurs de la personnalité de quelqu’un. Le toucher n’admet pas la tricherie.

Trop de femmes luttent avec l’acceptation de soi, quel conseil avez-vous pour les femmes qui ont de la difficulté à embrasser leur propre corps et ont tendance à se haïr?

Il faut du temps, prendre le temps de se faire plaisir à soi sans chercher à faire plaisir aux autres. Et surtout ne rien attendre des autres ! L’image de soi, c’est une histoire entre soi… et soi ! L’image qu’on renvoie aux autres, ça vient par la suite.

Et l’amour dans tout ça?

Eve, dites-nous, suivant votre expérience, comment aimer et se laisser aimer quand le corps a souffert?

Avant toute chose on doit obtenir l’amour de soi. Parce que d’expérience, je sais que l’amour qu’on se porte transparait aux yeux des autres. Vous vous aimez mal ou pas du tout ? Soyez sûr que ça se verra et qu’on vous aimera mal en retour, voire pas du tout ! Alors que si l’on s’aime, hors de tout narcissisme exagéré j’entends, on pourrait bien attirer vers soi l’amour de l’Autre. Après, encore faut-il avoir envie d’aimer et/ou se laisser aimer. Il ne faut pas non plus avoir besoin d’être aimé, ce qui mènerait inévitablement à être aussi mal aimé que si l’on ne s’aimait pas soi-même ! Mais au fond, quand on y réfléchit, je crois bien qu’il n’y a pas plus de règles que ça. Comme pour ce qui est de mon parcours scolaire et professionnel, il me semble qu’il y a là aussi une histoire de karma : ce qui doit arriver arrivera. Ce qui n’arrive pas tout de suite ou n’arrive jamais, ce n’est pas pour rien. C’est que ça doit être comme ça et il faut accueillir cet état de fait de la façon la plus sereine et positive possible. A chacun de trouver ses ressources propres pour ce travail. Rien n’est hasard.

Si l’on s’aime… On pourrait bien attirer vers soi l’amour de l’Autre. Après, encore faut-il avoir envie d’aimer et/ou se laisser aimer.

En 2010, vous avez essayé de monter un projet d’émission de rencontres “Love Hand Cap” pour les personnes en situation de handicap afin de permettre des rencontres mettant en scène des personnes handicapées célibataires.
Pouvez-vous nous en dire plus : Quel serait le concept d’une telle émission? Comment s’organiserait-elle ? De quels moyens auriez-vous besoin pour mettre en œuvre un tel projet ? Et où en êtes-vous aujourd’hui sur ce dernier?

J’avais imaginé ce concept sur la base du dating, mais pas speed ! C’est-à-dire que je souhaitais que les personnes se rencontrent dans un cadre qui leur est familier, qu’elles partagent une ou des activités qu’elles aiment, qu’elles se fassent mutuellement découvrir leurs mondes respectifs. Et alors les préférences s’affineraient au fur et à mesure du déroulement de ces activités pour finalement que des couples se forment. Ces couples qui pourraient ensuite partager des activités à deux, qu’ils puissent apprécier les difficultés de l’un et l’autre selon le handicap dont chacun est atteint. Et à la fin, les affinités, ou pas, auront fait le reste pour que naisse une véritable relation amoureuse, ou pas. Ce genre de projet nécessite des moyens financiers et matériels colossaux. Des moyens de diffusion et de publicité aussi. Et, le plus important, il faut que ça intéresse un nombre suffisamment conséquent de personnes, que ce soit du côté des spectateurs comme du côté des personnes de la branche audiovisuelle qui seraient prêtes à tenter une telle aventure. Malheureusement, ce projet est aujourd’hui à l’arrêt. Il semble que les mentalités ne soient pas assez évoluées dans notre pays pour qu’un tel projet soit viable. Mais c’est bien dommage…

Cap sur le futur!

En ce moment vous souhaitez vous lancer dans une formation de trois ans pour devenir art-thérapeute. Qu’est-ce que l’art thérapie? Et qu’est-ce qui vous pousse à vous former dans cette discipline? Quel projet se cache derrière ce désir?

L’art-thérapie est une technique de soin qui utilise un processus de création artistique de manière thérapeutique. Ce peut être la peinture, le chant, la pratique d’un instrument de musique, la poterie ou, comme je le souhaite, l’écriture. Par le canal de l’art, l’art-thérapie vise à recréer une communication en faisant appel aux facultés de création d’une personne, en stimulant sa fibre créative. J’ai découvert ce métier lorsque j’étais moi-même en thérapie. Je ne connaissais pas du tout. C’est mon thérapeute qui m’en a parlé. J’ai alors tout de suite su que ma vocation était là. Je peux parfaitement avec cette profession mettre à profit mes aptitudes sociales, en même temps que je peux y mêler ma passion pour les mots et l’écriture. Mais comme dans toute profession qui amène à travailler au contact de publics en difficultés, au contact de l’humain tout simplement, on ne peut se permettre de faire les choses n’importe comment. Il me faut donc me former. A terme je souhaiterais pouvoir monter des ateliers d’écriture.

Malheureusement la formation que je vise est chère, je ne peux la financer entièrement moi-même et je ne bénéficie d’aucune aide. J’ai donc lancé en dernier recours une campagne de financement participatif. J’espère y arriver avant la date butoir du financement, qui approche…

art-therapie-pour-revenir-a-la-vie

Eve, un super pouvoir vient de vous être donné. Quel est-il?

Je crois que j’ai déjà le super pouvoir d’arriver à faire rire par ma maladresse naturelle, ma franchise et ma langue bien pendue qui parfois peut être amenée à produire de belles perles ! On va donc s’arrêter là avant que ça ne tourne à la catastrophe!

Vous avez carte blanche pour vous exprimer librement et inciter celles et ceux qui nous lisent à vous soutenir dans vos projets. Que souhaitez-vous leur dire?

Je voudrais dire que si vos lecteurs sont arrivés au bout de cette interview sans s’être demandés une seule fois : «C’est pas encore fini ?! », c’est qu’ils sont fin prêts pour attaquer la lecture de « La femme roseau » ! Que s’ils ont aimé cette interview, ils aimeront «La femme roseau» ! Et accessoirement dire un grand MERCI aussi. Parce que c’est important, pour montrer qu’on m’a appris la politesse et que pour une fois, c’est une leçon que non seulement j’ai retenue, mais qu’en plus j’applique !!!
À bientôt pour un prochain livre!

Nous vous remercions Eve pour ce moment de partage et nous vous félicitons pour ce premier livre «La femme Roseau» qui nous invite à nous regarder et à penser la société dans laquelle nous vivons. Un livre qui sans aucun doute, nous vous le souhaitons, sera suivi de nombreux autres ouvrages.

Nous vous invitons à suivre Eve Diamant sur ses différents réseaux :

Blog : «Jolis Mots et Douces Notes»
Page Facebook : @JolisMotsEtDoucesNotes
Twitter : @JMEDN
Commander “La femme roseau”

Editorial team

Vous souhaitez devenir co-créateur et partager votre vision sur des sujets liés à la sensualité, au rapport au corps, à l'estime de soi et/ou à l'érotisme? Contactez-nous ! Et on en parle ensemble ! > contact@laplisitol.com

2 Commentaires

  • Christiane Sigel
    17 mars 2017 at 20 h 17 min

    Superbe article ! Bravo !

  • Maria
    17 mars 2017 at 20 h 28 min

    Belle interview. Merci et bravo à eve

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